Minneapolis en 3 jours et 24 heures de car

15 octobre 2007 at 12:30 (Etats-Unis, Uni, Voyage)

Minneapolis

Downtown Minneapolis et la très naturelle Mississippi River

Après un moment d’absence (voyage + travail de fou pour l’uni), me revoilà sur mon blog histoire de décrire en quelques mots une ville très américaine, mais qui a tout de même de belles ambitions…

Le semestre d’automne pour les étudiants en urbanisme à l’Université du Michigan est agrémenté d’un voyage (facultatif) dans une ville « proche » d’Ann Arbor histoire de découvrir son approche de l’aménagement du territoire. Cette année, nous sommes parti pour les Twin Cities (Minneapolis – St Paul) du 26 au 30 septembre et cette expérience vaut bien un petit article.

Tout d’abord, il faut parler du voyage, parce que si la ville retenue est censée être proche, le trajet a tout de même pris plus de 12 heures de car dans chaque direction, ce qui n’est pas exactement un petit déplacement pour un Européen moyen. De plus, le chauffeur était seul à conduire et nous n’avons fait que deux brèves pauses (dans des fast-foods de banlieue) sur toute la journée. Je peux vous dire que tout le monde était heureux d’arriver à destination… L’hôtel où nous logions était relativement proche du centre ville et à deux pas de l’Université du Minnesota, mais avant de repérer son emplacement sur une carte, il semblait plutôt que nous nous trouvions dans la banlieue profonde de la ville… Bienvenue à Minneapolis, la ville américaine par excellence!

Avant de se plonger plus en détail sur l’aménagement de la ville, un petit survol historique et géographique ne serait pas de trop, car si le nom de Minneapolis sonne familier, rares sont les personnes qui savent exactement où se trouve cette ville. Située dans l’Etat du Minnesota (au nord du Midwest: la frontière nord est partagée avec le Canada, les deux Dakota se trouvent à l’ouest, l’Iowa au sud et le Wisconsin à l’est), cette ville compte 3.5 millions d’habitants. Quand on parle de Minneapolis, on entend souvent l’agglomération St Paul – Minneapolis, communément appelée les Twin Cities. Elle est traversée par la Mississippi River, le deuxième plus long fleuve américain qui se jette dans le Golf du Mexique après avoir parcouru tout le pays du nord jusqu’au sud. Ce sont les Français qui arrivèrent les premiers au XVIIe siècle sur ce territoire jusqu’alors habitée par les Sioux. En 1805, un fort de l’armée américaine (Fort Snelling) y fut bâti. L’endroit y était stratégique vu la confluence des Mississippi et Minnesota Rivers. De plus, les chutes de Saint-Anthony définissaient la limite supérieure de navigation sur la Mississippi River car elles étaient le premier obstacle depuis le Golf du Mexique. Peu après le construction du Fort, des colons reçurent l’autorisation de s’installer dans la région et Minneapolis fut considérée comme étant une ville dès 1867. On appelle souvent Minneapolis la ville des moulins car aux environs des chutes de Saint-Anthony, les résultats de l’énergie hydraulique étaient sans précédents, ce qui a impliqué l’explosion du nombre de scieries et de moulins en tous genres. Saint Paul, quant à elle, s’est plutôt développée autour du commerce fluvial.

Au niveau politique, autant Minneapolis que Saint Paul sont dirigées par des démocrates (de la branche Minnesota Democratic-Farmer-Labor Party) et l’agglomération est connue pour ses tendances « libérales » (attention, pas de le sens de notre parti libéral suisse!). L’organisation du gouvernement paraît très compliquée (j’avoue ne pas tout avoir compris). En gros, il y a un Metropolitan Council qui représente l’entité gouvernementale pour les 7 comtés qui forment l’agglomération des Twin Cities, puis les deux City Councils et enfin les quartiers (Neighborhood) qui sont les plus ouverts au dialogue avec les citoyens.

Lors de notre séjour, nous avions le choix entre plusieurs activités. Les plus marquantes pour moi ont été les visites du Midtown Greenway et de l’Empowerment Zone à Minneapolis et du City council de Saint-Paul.

Midtown Greenway

Une des questions récurrentes dans nos villes contemporaines est « que faire de nos friches industrielles urbaines »? Minneapolis a su y répondre partiellement en mettant en place une voie cyclable dans un couloir où passait autrefois une ligne de chemin de fer. Le résultat n’est pas (encore) très esthétique, mais l’idée n’est pas mauvaise et le projet pourrait devenir intéressant ces prochaines années.

Midtown Grennway sign

Le but est simple: offrir aux cyclistes et aux piétons de la ville un endroit où circuler librement sans avoir à subir les contraintes des rues américaines congestionnées. L’endroit retenu est une ancienne voie ferroviaire (encore partiellement utilisée), ce qui pose un sérieux problème esthétique. Pourtant, l’organisation qui est derrière la mise en place de ce paradis pour la mobilité douce en est consciente et essaie d’améliorer les choses. L’aménagement d’espaces verts aux abords (avec la création de jardins communautaires par exemple) et la volonté d’améliorer l’aspect des façades des bâtiments bordants la piste participent à l’embellissement de l’endroit. Il est prévu par exemple d’implanter un magasin de location et de réparation de vélo dans un bâtiment industriel dont l’aspect est particulièrement austère du côté du la voie cyclable. Ceci permettrait de rendre vivant ce qui apparaît actuellement comme un triste mur de béton.

Midtown Greenway Gardens

Un des jardins communautaires.

Les voies d’accès sont nombreuses et pratiques (avec des mini-signaux « stop » adorables), cependant, pour un non-initié, elles sont difficilement trouvables. Ceci est dû au fait que le couloir utilisé est principalement en dessous du niveau du sol ce qui le rend difficilement visible (et pose également des problèmes de sécurité). Le Greenway s’étend maintenant sur 5.7 miles (un peu moins de 10km), mais des extensions sont déjà prévues. Le premier tronçon a été ouvert en 2000, puis il s’est étendu en 2004 et 2006. Midtown est un quartier de Minneapolis se trouvant au sud de Downtown, le Greenway le traverse d’est en ouest et relie deux endroits naturels majeurs de la ville: les lacs à l’ouest (un autre surnom pour Minneapolis est The City of Lakes) et la rivière à l’est. Une piste cyclable permet de rejoindre le centre-ville depuis le Greenway et un arrêt de l’unique métro de la ville se trouve à proximité.

En plus des extensions, un projet particulièrement intéressant est en train de se mettre en place: utiliser les anciennes voies de chemin de fer pour implanter un tram « vintage » qui permettrait de renforcer le réseau de transports en commun de la ville. Cela permettrait aussi de dynamiser cette espace qui, de mon point de vue, n’est pas encore très attirant.

Midtown Greenway Minneapolis

Le Greenway avec les voies pédestres et cyclables à droite et l’ancienne voie de chemin de fer à gauche.

A visiter: http://www.midtowngreenway.org

Saint Paul City Council

Les autorités de la ville de Saint Paul ont un département de l’aménagement du territoire et du développement économique relativement novateur pour une ville américaine et il nous a été présenté de nombreux projets assez prometteurs. Une des problématiques de la ville est le manque de dynamisme de son centre-ville qui est amplifié par différents facteurs: le fait que Minneapolis assume presque à elle seule le divertissement (surtout nocturne) de la population des Twin Cities et le rôle des « skyways » – systèmes de galeries aériennes reliant les immeubles du centre-ville entre eux évitant ainsi la population d’être exposées au climat particulièrement rigoureux des villes – est également en cause car il vide les rues de ces (rares) piétons. Tout cela est bien sûr accentué par le phénomène très américain des centres-villes uniquement dédiés au business et pratiquement vides de tout commerces et autres divertissements sociaux. Minneapolis s’en sort mieux que Saint Paul malgré la présence de skyways car elle attire plus de monde avec sa vie nocturne et ses rues « marchandes ». Les solutions proposées par la ville sont drastiques: des light rails traversant le Downtown, bordés par des pistes cyclables et des voies piétonnes. L’espace dédié à la voiture y serait minimal et les rues seraient constamment vivantes. Bon, on peut rêver, mais qui sait, peut-être que dans 30 ans… D’autres projets, plus réalistes visent à développer des quartiers clés de la ville en respectant les principes de durabilité. La zone entre les deux centre-ville principalement commerciale et particulièrement mal planifiée est visée. Il serait effectivement plus qu’urgent d’agir sur cette espace contre qui les centres commerciaux de banlieue française ne font absolument pas le poids en termes de mocheté et de non-durabilité.

Skyway de St Paul

Un des segments du skyway de St Paul.

A visiter: http://www.stpaul.gov/depts/ped/

Empowerment Zone

En 1994, sous l’administration Clinton, un programme fédéral visant à revitaliser les zones particulièrement pauvres de l’Amérique autant urbaine que rurale a vu le jour. Dès 1999, Minneapolis a commencé à toucher des fonds afin de renforcer des quartiers cibles de la ville. Malheureusement, de nos jours, ces subventions ont drastiquement été réduites, mais le programme subsiste toujours, quoique avec une activité réduite.

Au cours de ces dernières années, les réalisations ont été nombreuses et diverses au sein des trois zones qui ont été définies à Minneapolis. C’est le développement économique qui est tout d’abord visé, mais le renforcement des communautés ainsi que leur durabilité sont également des éléments centraux du programme. La création d’emplois, les exonérations d’impôts, l’augmentation de la sécurité, la revalorisation du rôle de la femme, le développement de logements abordables, l’éducation, l’encadrement des business, etc. sont autant d’exemple de champs d’action visés dans les zone à revitaliser.

Si le programme est excellent, les résultats sont difficilement vérifiables. Des chiffres donnent le nombre d’emplois créés, le nombre de maisons construites, etc., mais rien ne nous renseigne vraiment sur le développement à long terme de ces projets. Aucune comparaison entre les coûts et les bénéfices de ces actions n’est donnée et aucun élément démographique ne vient appuyer les résultats obtenus. Cependant, c’est déjà un énorme pas en avant pour une ville américaine que de prendre conscience que le développement, c’est quelque chose qui doit surtout se faire à l’échelle des quartiers sans discrimination afin de permettre l’égalité des chances pour chacun (et éventuellement par la même occasion de diminuer les nuisances sur l’environnement en réduisant les besoin en mobilité).

Carte empowerment zones petite

 

 

Carte empowerment zones (grand format)

Carte des zones à revitaliser. On peut aussi distinguer où le Greenway se trouve: en bas de la zone sud (Lake Street).

 

A visiter : http://www.ci.minneapolis.mn.us/ez/index.asp

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Demain à la une: un monde anglophone (et morne)

19 septembre 2007 at 10:38 (Coup de gueule, Culture, Suisse, Uni)

Il y a beaucoup de choses dans notre monde qui mériteraient une révolution, mais il y en a une qui me tient particulièrement à coeur: lutter contre l’anglophonisation du monde! Vous pouvez trouver étrange que ce soit quelqu’un qui étudie justement aux Etats-Unis qui dise ça, c’est pourtant tout à fait pertinent…

Une langue reflète une culture, elle véhicule toute sorte d’idéaux, elle permet de s’identifier et une fois maîtrisée, une langue est quelque chose d’extraordinaire à manier. Seulement, une langue est difficile à apprendre…pas pour se débrouiller dans un supermarché, je dis, à apprendre jusqu’à pouvoir discerner toutes les nuances d’un discours. Peut-être suis-je particulièrement faible dans ce domaine, oui, ce n’est pas mon fort, mais qui peut prétendre maîtriser une langue sans l’avoir côtoyé de près pendant des années voire des décennies? (Appel à témoin)

Ce qui m’amène à écrire ce soir plutôt que d’étudier sagement comme il se devrait, c’est un, non, deux articles dans Le Temps (du 20 septembre, c’est à dire demain pour moi) qui m’ont fait sauter en l’air : « Les cours en anglais gagnent du terrain dans les unis suisses » (titre principal) et « Des milliers de langues en voie d’extinction ». Dieu merci, les journalistes de notre illustre journal romand ne sont pas complètement à côté de la plaque et ont remarqué un vague lien entre les deux sujets!

Oui, le monde est plus simple en Suisse (romande) depuis que les dialectes se sont éteints et l’on peut se rendre à Lausanne sans être totalement dépaysé (c’est peut-être dommage cela dit). Mais devons-nous vraiment pousser la simplicité jusqu’à prôner l’usage d’une langue unique sur toute notre planète? Les diversités langagières n’ont-elles pas également du charme? Pour ma part, je les trouve fondamentales et je suis absolument atterrée de savoir que d’ici 2100, la moitié des 7000 langues mondiales aura disparu. Mais ce qui me désole le plus, c’est qu’un des facteurs de cet appauvrissement est cette espèce d’obsession de vouloir imposer l’anglais comme langue universelle, spécialement dans les milieux académiques.

Autrefois, nous avions des traducteurs, généralement fort compétents, qui permettaient aux différents peuples du monde d’avoir accès aux plus grands chef-d’oeuvres artistiques ou scientifiques indépendamment de la langue dans laquelle ils avaient été produits. Oui, une perte de qualité lors de la traduction peut être relevée, mais que pèse-t-elle en comparaison de la qualité d’un article rédigé dans un anglais de cuisine?

Aujourd’hui, les scientifiques, puis les économistes et bientôt les théologiens estiment qu’un anglais de cuisine est bien plus approprié et ils ont décidé d’imposer cette langue dans les universités. La Conférence des recteurs suisses prévoit uniquement une généralisation de l’anglais au niveau des masters, mais bien sûr, les bachelors risquent d’être à terme gagnés par cette mode. Comment se fait-il que personne ne réagisse? C’est à l’uni que j’ai le mieux appris à me servir de ma langue natale, le français, et c’est peut-être grâce à l’uni que je peux aujourd’hui tenir ce blog et y exposer des propos plus ou moins pertinents (du moins j’espère). Pourtant, je n’étudiais pas le français, mais les sciences de l’environnement, domaine touché par l’hémorragie anglophone vu son appartenance aux sciences, mais heureusement pas au niveau du bachelor…

Puis j’ai décidé de partir aux Etats-Unis, pour apprendre l’anglais, certes, mais surtout pour y découvrir une nouvelle culture, une nouvelle façon de voir les choses. Et que se passe-t-il depuis mon arrivée sur cette terre inconnue? Je suis sans cesse frustrée de ne pas pouvoir m’exprimer avec la même aisance qu’en français. Je ne peux pas transmettre mes idées de manière précise, je ne peux pas réagir totalement spontanément et je ne réussis pas à relever toute la dimension de ce que les gens me disent. Dès lors, comment voulez-vous que des étudiants qui ne côtoient l’anglais qu’à travers des professeurs généralement non anglophones ou à travers des textes sans vie (et souvent rédigés par des non anglophones) puissent briller de la même manière que s’ils avaient la possibilité de s’exprimer dans leur langue? Pourquoi demande-t-on aux étudiants d’aujourd’hui d’apprendre un deuxième métier en plus de celui qu’ils ont choisi, le métier de traducteur?

J’ai connu suffisamment d’étudiants en science pour savoir qu’avant chaque présentation qu’ils devaient faire en anglais, leur principale préoccupation était la maîtrise de la langue et pas vraiment le contenu de ce qu’ils allaient dire. Ne pensez-vous pas que cela influence la qualité des résultats finaux? Et dans quel but? La présentation de propos scientifiques, oui, mais débités dans une langue que Shakespeare ne comprendrait certainement même pas! A force, ils s’y font, mais ils n’auront pas eu la possibilité de vraiment apprendre la langue riche et complexe qu’est l’anglais ni non plus de développer des dons dans leur propre langue.

Mais pourquoi au juste la Suisse tient-elle tant à imposer l’anglais dans ses universités? La réponse est simple: prestige et attractivité pour les étrangers. Effectivement, les grandes revues scientifiques sont bientôt uniquement anglophones (les scientifiques n’ont pas résisté longtemps) et le quota d’article paru dans ces dernières est un élément clé pour grimper dans les classements universitaires. De plus, les Suissesses et les Suisses sont de plus en plus nombreux à profiter des avantages de Bologne et à s’expatrier pour la deuxième partie de leur parcours académique (comme moi). Il faut donc attirer des étudiants internationaux pour combler ce vide. Mais bien sûr, pas question de vouloir imposer le français (ou l’allemand et l’italien), il faut offrir des cours en anglais pour être attractif! Et là, je rêve! Pourquoi n’offrons-nous pas la possibilité aux étudiants étrangers de vivre ce que je vis moi ici? Une immersion totale dans une culture qui passe, entre autre, par l’apprentissage de la langue…

Fort heureusement, «L’échange va dans les deux sens. Les étrangers apprennent, au moins un peu, le français» souligne le vice-recteur de l’Université de Neuchâtel (Daniel Schulthess). Tout le monde est rassuré…

L’anglais est une langue intéressante à apprendre. Mais comme toute langue étrangère, elle ne permet pas de restituer les choses de la même manière qu’en français, et cela même lorsqu’on la maîtrise parfaitement. C’est pourquoi une langue est indissociable d’une culture et que son apprentissage est une expérience si enrichissante lors qu’il dépasse la traduction à la façon « dictionnaire ». Malheureusement, l’apprentissage de l’anglais que l’on essaie d’imposer dans les universités suisses est un processus fort différent. De plus, il menace la possibilité des étudiants de s’épanouir dans la langue locale, le français dans notre cas.

Pour finir sur une touche provocatrice, on critique souvent la tendance impérialiste de l’Amérique du Nord, véhiculée entre autre par l’anglais. Dès lors, prouvons-lui que l’Europe et le reste du monde sont forts et qu’ils n’ont pas besoin de l’anglais pour briller, prouvons-lui que différence signifie force et qu’un monde uniformisé est monotone et peu intéressant! Les Américains ont déjà tellement de peine à imaginer qu’ils ne sont pas seuls au monde, ce n’est pas les aider à s’ouvrir que d’adopter aveuglément leur langue…

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L’amour de la voiture…

13 septembre 2007 at 1:41 (Uni)

Nous avons regardé un film ce matin en classe intitulé « Divided Highways: Building the Interstate Highways, Transforming American Life » (1997, Larry Hott et Tom Lewis) et je crois que je suis obligée d’en parler brièvement ici!

Il s’agit d’un film-documentaire sur les autoroutes américaines, et plus particulièrement sur le réseau des autouroutes « inter-états » instauré par Eisenhower dans les années 1950. Je suis ressortie de la salle de cours pleine de frissons qui ne venaient pas seulement de l’air conditionné fonctionnant à plein régime. Lorsqu’on entend des choses telles que « J’aime ma voiture, je me sens nu sans elle » ou « le réseau autoroutier interétatique est la plus grande réalisation de l’histoire humaine, bien plus importante que les Pyramides », il y a de quoi être un peu abbatu…

Les constructions routières ont été un fantasme du XXème siècle et malheureusement, le rêve est souvent devenu réalité. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Suisse (et dans tous les autres pays « développés »), le réseau autoroutier s’est mis en place durant la deuxième moitié du siècle passé et il a à jamais modifié les habitudes de vie des gens. S’il était synonyme de prospérité, de progrès et même de génie pendant les années qui suivirent la Deuxième Guerre Mondiale, il est aujourd’hui surtout générateur de nuissances en tout genre. Les autoroutes ont, certes, permis de relier les villes d’Europe ou d’Amérique du Nord entre elles, mais à quel prix?

On apprend dans le film que l’apparition de l’automobile arrive à temps dans une Amérique où le rail frustre la population car il ne permet pas de relier la destination initiale au point d’arrivée directement. La voiture incarne donc l’alternative tant attendue. Seulement, les routes américaines sont terriblement mauvaises et pour utiliser une voiture, il faut pouvoir rouler! En 1939, lors de l’expo universelle de New-York, General Motors présente « Futurama« , un paysage miniature qui montre les autoroutes du futur…les rêves des Américains s’aiguisent et ne se dissipent plus. « Malheureusement » pour eux, Futurama devint presque réalité durant la seconde moitié du siècle. La Deuxième Guerre Mondiale suit l’expo de New-York et le réseau autoroutier allemand est révélé au monde entier, spécialement à un certain Eisenhower qui en est tout emoustillé. De retour au bercaille et une fois nommé président, il décide qu’il fera mieux qu’Hitler et met en place le projet d’autoroutes interétatiques. L’argument de la défense nationale est mis en avant: en cas de guerre nucléaire, il faut que les citadins puissent fuir le plus rapidement possible (au cas où par miracle ils ne sont pas encore morts!). Il s’agissait en fait surtout d’un pretexte pour attirer des fonds. En parallèle à ces grands projets, les chemins de fer tout comme les tramways sont pour ainsi dire abandonnés au profit des routes. Un phénomène apparaît également à ce moment de l’histoire américaine: le rêve de la vie de banlieue.

La construction des Interstate Highways ne se fit pas sans sacrifices énormes. Il est effectivement compliqué de faire entrer des routes larges de 8 ou 10 voies (pour rester gentille) dans des centres ville. La solution était pourtant simple: passer par les quartiers pauvres (donc noirs). Effectivement, à ce stade de l’histoire américaine, ces derniers n’avaient guère de poids politique et ne pouvaient donc pas s’opposer à la destruction de leur maison.

L’apparition des autoroutes interétatiques rime avec la croissance de la mobilité (et donc avec le début des bouchons) ainsi qu’avec le début de la « culture-voiture » où rouler signifie liberté et où l’automobile est un objet chéri. On entend de la bouche d’Américains des phrases du genre:

« My car is me, it’s almost like I’m naked outside it »

La musique n’est pas préservée et les routes sont des thèmes presque aussi récurants que l’amour dans les chansons américaines.

Heureusement, Les Etats-Unis commencent à se réveiller et le réveil est douloureux : Le rêve de liberté incarné par l’automobile a conduit le pays vers quelque chose que j’appellerais plutôt l’enfer. Congestion, étalement urbain, développement « d’Edge Cities » (ces banlieues où l’on peut vivre sans devoir se rendre au centre-ville, toujours proches d’autoroutes), disparition des transports publics, pollution, dépendance face au pétrole (et j’en passe) sont autant de faits alarmants qui nous pousse à penser que le mode de vie des Américains n’est pas forcément idéal. Le film, dieu merci, le relève, mais à entendre les intervenants, on a du mal à se convaincre que la population en est consciente! Pourtant, à Boston par exemple, les citadins se sont révoltés contre la construction d’une ceinture autoroutière et ont fini par obtenir gain de cause. Non seulement elle ne fut pas construite, mais l’argent économisé a été investi dans les transports publics. J’en suis sûre, rien n’est totalement perdu.

Un petit bonus sorti tout droit du film:

KENNETH JACKSON, HISTORIAN: The role that the automobile in American life is perhaps never more completely captured than the Grapes of Wrath. Here was a movie designed to talk about how horrible things were. How the proletarian in the United States, the landless peasantry was without hope. But you notice that those Oakies heading for California had a vehicle. And when the communist authorities showed the movie around the Soviet Union, as an example of the distress of capitalism, what they found is was that the viewing audience was much more impressed by the fact that these people, poor as they were, they had their own car. That was much more impressive than the fact that they were poor.

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L’Europe, ennemi socialiste!

7 septembre 2007 at 3:43 (Uni)

En choisissant les Etats-Unis comme pays pour poursuivre mes études, je pensais que le « choc » culturel que j’aurais en arrivant là-bas serait passablement modéré, vu qu’après tout, l’Amérique du Nord fait partie des pays « développés » comme l’Europe et ne doit donc pas être foncièrement différente (de plus, les Européens sont maintenant habitués au Mac Donald). Je crois que je m’étais trompée. Le choc est certainement moins fort que si je m’étais retrouvée en Inde ou en Chine, mais j’entends et je vois des choses qui me laissent passablement perplexe!

Pas plus tard qu’aujourd’hui, pendant un cours sur les transports où la ville de Bremen en Allemagne était prise en exemple pour son développement exemplaire en termes d’interactions entre les différents modes de transports urbains, un étudiant a posé une question tout innocente: Vu que l’Europe est si en avance dans le domaine des transports (publics, bien sûr) comparé aux USA, est-il possible d’utiliser ces exemples pour influencer les décisions en Amérique?

La réponse devrait bien sûr être « oui », mais il n’en est pas ainsi au plus grand dépit des aménagistes américains. Voici une réponse que vous risquez de recevoir de la part des autorités si vous proposez de suivre l’exemple de Bâle en matière de vélo ou de mettre en place un système comme « Mobility » dans une ville américaine:

– L’Europe est SOCIALISTE, contrairement à nous qui avons des valeurs différentes!

Dans la même veine, il paraît que les urbanistes sont souvent considérés comme des espèces de communistes aux Etats-Unis, c’est effectivement louche de vouloir toucher au domaine public!

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