American’s food

25 septembre 2007 at 11:35 (Culture, Etats-Unis)

Malgré le fait que les incontournables clichés de la malbouffe américaine soient devenus communs, je crois qu’il est tout de même utile de s’arrêter un moment sur le monde de « l’American food » que je côtoie maintenant tous les jours.

Tout d’abord, il faut confirmer le fait que les fast-food sont une véritable culture ici, et même si de nos jours, ces derniers sont devenus des éléments communs également en Europe, la culture qui y est liée n’a pas encore vraiment atteint notre continent. Il faut d’abord localiser les fast-foods américains. Ils hantent les centres-villes, bien sûr, mais surtout, ils sont surreprésentés dans les banlieues glauques, spécialement dans les villes de petite taille. Ce qui s’appelle la promenade du dimanche en Suisse doit correspondre au fast-food du dimanche ici. C’est une occupation en soi que d’aller se traîner en training (habillement encore plus répandu ici qu’en France) dans son gros 4×4 jusqu’au Burger King de banlieue le plus proche et d’y déguster un maxi menu avec sa petite famille (généralement tous en surpoids). Mais bon, restons honnête, je n’irais pas jusqu’à dire que toutes les couches de la population se retrouvent dans ces lieux, ni même que ce phénomène est uniquement visible dans ce pays. Dans notre fameux McDonald’s de la banlieue chaux-de-fonnière, la faune n’y est pas vraiment différente…

Mcdo

Que font donc les gens lorsqu’ils ne sont pas assis à une table de Taco Bell? Les réponses peuvent être fort diverses. Je crois que dans le monde des familles aisées, les repas sont encore servis régulièrement et sont plutôt conventionnels, mais je peux me tromper. Pour le reste, le mot « cuisiner » et le concept de « partager un repas à une table » sont bientôt menacés d’extinction. Mais serait-ce parce que les Américains sont paresseux? Je ne pense pas…

Il faut déjà aller faire un tour du côté des supermarchés pour comprendre l’origine de ce phénomène. A part le Fondor et les Têtes de Moines, on y trouve à peu près les mêmes produits qu’en Suisse. Seulement, les prix et les proportions sont fort différents. En entrant, on tombe généralement sur les fruits et les légumes et là, premier choc: Les prix sont exorbitants et c’est étonnant vu que chez nous, les végétariens s’en sortent bien question finances. Le point positif, c’est que les légumes organic ont leur place dans les rayons des grands magasins. Ensuite, petit tour du côté du pain. Y’a beau chercher, pas de vrai pain, mais des toasts, des pains à hot dog et à burger (plus mou que ça, tu ne peux pas), des modèles qui ressemblent à nos pains sans la fermeté, et pour finir, les bagels et les muffins (ça, il faut avouer que c’est sacrément bon).

bagels

Ah, mais j’ai oublié sur le chemin du « rayon pain » les fromages. On trouve du vrai Gruyère AOC, du Comté, du Brie, du Parmesan, etc, tous affreusement chers (à ce prix, il vaut mieux faire une fondue…chinoise). Sinon, les infamies américaines sans goût ou totalement pas naturelles avec le Cheddar en tête, à prix (presque) abordable. Puis vient la viande. Les différences de prix sont là encore importantes, mais dans l’autre sens cette fois. Les carnivores américains se ruinent moins que chez nous. Je pensais pourtant que les différences seraient plus flagrantes. Un steak de bonne qualité coûtera quand même son pesant d’or. La gamme de produits est assez différente de chez nous, mais les classiques restent (steaks, tranches de poulet, etc.). Le lard ne se trouve qu’en énormes tranches qui sont inconsommables crues (il vous reste une boulette dans la bouche même après 5 minutes de mastication). Question éthique, on trouve de la viande « certifiée élevée sans antibiotiques », mais le bio est rare. Côté charcuterie, c’est un peu la misère. La plupart des produits sont 99% fat free et le reste est encore plus polyphosphaté que chez nous. Des arômes tous moins naturels les uns que les autres parfument ces bouts de plastique. Enfin, rien qui ne ressemble à une cuisse de porc.

Gros porc

Viennent ensuite les interminables rayons contenant parfois des produits qu’on ne pourrait même pas imaginer chez nous (ou alors, au rayon nourriture pour animaux). Tout d’abord, les boîtes de conserves. Les légumes et les fruits ne nous sont pas étrangers, mais les beans sont déjà plus exotiques, surtout que les variations sur le thème semblent infinies (de quoi faire pas mal de croûtes au flageolets !!!). Mais le pire est à venir : des étalages entier de viande et de repas tout prêt en conserves…nos raviolis en boîte n’ont qu’à s’incliner ! Suivent les innombrables sachets de pâtes avec sauce en poudre pour repas prêts en deux minutes. Le rayon pâte conventionnelle paraît ridicule en comparaison. Puis le rayon complet des céréales où Kellogg’s n’a qu’un poids relativement faible comparé à chez nous. Il y a surtout les oatmeals, ou porridges, que l’on ne connaît pratiquement pas chez nous. Dans le même registre, il ne faut pas oublier les pancakes (presque) tout prêts qui font de délicieux déjeuner (mais il faut avoir le temps de les cuire).

Beans

Pour les courageux qui regardent les ingrédients qui composent les produits qu’ils consomment, je leur conseille d’arrêter tout de suite une fois arrivé aux USA. Les listes sont au moins deux fois plus longues qu’en Suisse (pour les mêmes produits) et la proportion d’ingrédients non identifiable aux noms barbares est effarante. Ce qu’on remarque rapidement aussi, c’est l’omniprésence du sucre…mais toute personne ayant une fois goûté un Mcdo peut s’en rendre compte! C’est bon pour faire baisser le taux d’obésité tout ça.

Côté prix, plus la nourriture a l’air vite préparée (et dégoûtante), mais le prix est élevé ! Pour faire ses propres repas, il faut des légumes (chers), de la viande pas en conserve (relativement chère), des épices (jusqu’à 5 fois plus chères que chez nous) et un accompagnement (au coût généralement bas, mais dont la variété n’est pas extraordinaire). Sinon ? Un sachet de macaroni avec sauce : tout sauf coûteux !

Et oui, je ne sais pas si c’est la poule ou l’œuf qui est venu avant, mais on comprend pourquoi les américains se nourrissent ainsi. Chez nous, les mets tout fait sont encore souvent chers…

Un dernier mot sur la manière dont les Américains se nourrissent. Après avoir réchauffé leur ravioli pour micro-onde, ils évitent à tout prix de s’asseoir à une table faite pour manger. Ils emportent leur minable pitance devant la télé, devant leur ordinateur ou la mange debout dans la cuisine. De plus, il ne semble pas y avoir d’heures pour manger ni de consensus sur le nombre de repas à prendre. On mange quand on a faim ou quand l’envie nous en dit. Il faut encore préciser qu’ici, les fast-foods à emporter ou les livraisons en tout genre (qui dépassent largement le domaine des pizzas) sont extrêmement populaires : c’est encore plus simple que les boîtes de conserve !

Pizza

Pour terminer sur une note un peu plus positive, les magasins organic existent bel et bien aux Etats-Unis et sont même peut-être plus nombreux que chez nous. Il faudrait encore vérifier les normes bio, mais la gamme de produits est impressionnante. Il doit donc y avoir des Américains que ne se nourrissent pas seulement de pizzas commandées affalés devant la télé!

People food co-op

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Demain à la une: un monde anglophone (et morne)

19 septembre 2007 at 10:38 (Coup de gueule, Culture, Suisse, Uni)

Il y a beaucoup de choses dans notre monde qui mériteraient une révolution, mais il y en a une qui me tient particulièrement à coeur: lutter contre l’anglophonisation du monde! Vous pouvez trouver étrange que ce soit quelqu’un qui étudie justement aux Etats-Unis qui dise ça, c’est pourtant tout à fait pertinent…

Une langue reflète une culture, elle véhicule toute sorte d’idéaux, elle permet de s’identifier et une fois maîtrisée, une langue est quelque chose d’extraordinaire à manier. Seulement, une langue est difficile à apprendre…pas pour se débrouiller dans un supermarché, je dis, à apprendre jusqu’à pouvoir discerner toutes les nuances d’un discours. Peut-être suis-je particulièrement faible dans ce domaine, oui, ce n’est pas mon fort, mais qui peut prétendre maîtriser une langue sans l’avoir côtoyé de près pendant des années voire des décennies? (Appel à témoin)

Ce qui m’amène à écrire ce soir plutôt que d’étudier sagement comme il se devrait, c’est un, non, deux articles dans Le Temps (du 20 septembre, c’est à dire demain pour moi) qui m’ont fait sauter en l’air : « Les cours en anglais gagnent du terrain dans les unis suisses » (titre principal) et « Des milliers de langues en voie d’extinction ». Dieu merci, les journalistes de notre illustre journal romand ne sont pas complètement à côté de la plaque et ont remarqué un vague lien entre les deux sujets!

Oui, le monde est plus simple en Suisse (romande) depuis que les dialectes se sont éteints et l’on peut se rendre à Lausanne sans être totalement dépaysé (c’est peut-être dommage cela dit). Mais devons-nous vraiment pousser la simplicité jusqu’à prôner l’usage d’une langue unique sur toute notre planète? Les diversités langagières n’ont-elles pas également du charme? Pour ma part, je les trouve fondamentales et je suis absolument atterrée de savoir que d’ici 2100, la moitié des 7000 langues mondiales aura disparu. Mais ce qui me désole le plus, c’est qu’un des facteurs de cet appauvrissement est cette espèce d’obsession de vouloir imposer l’anglais comme langue universelle, spécialement dans les milieux académiques.

Autrefois, nous avions des traducteurs, généralement fort compétents, qui permettaient aux différents peuples du monde d’avoir accès aux plus grands chef-d’oeuvres artistiques ou scientifiques indépendamment de la langue dans laquelle ils avaient été produits. Oui, une perte de qualité lors de la traduction peut être relevée, mais que pèse-t-elle en comparaison de la qualité d’un article rédigé dans un anglais de cuisine?

Aujourd’hui, les scientifiques, puis les économistes et bientôt les théologiens estiment qu’un anglais de cuisine est bien plus approprié et ils ont décidé d’imposer cette langue dans les universités. La Conférence des recteurs suisses prévoit uniquement une généralisation de l’anglais au niveau des masters, mais bien sûr, les bachelors risquent d’être à terme gagnés par cette mode. Comment se fait-il que personne ne réagisse? C’est à l’uni que j’ai le mieux appris à me servir de ma langue natale, le français, et c’est peut-être grâce à l’uni que je peux aujourd’hui tenir ce blog et y exposer des propos plus ou moins pertinents (du moins j’espère). Pourtant, je n’étudiais pas le français, mais les sciences de l’environnement, domaine touché par l’hémorragie anglophone vu son appartenance aux sciences, mais heureusement pas au niveau du bachelor…

Puis j’ai décidé de partir aux Etats-Unis, pour apprendre l’anglais, certes, mais surtout pour y découvrir une nouvelle culture, une nouvelle façon de voir les choses. Et que se passe-t-il depuis mon arrivée sur cette terre inconnue? Je suis sans cesse frustrée de ne pas pouvoir m’exprimer avec la même aisance qu’en français. Je ne peux pas transmettre mes idées de manière précise, je ne peux pas réagir totalement spontanément et je ne réussis pas à relever toute la dimension de ce que les gens me disent. Dès lors, comment voulez-vous que des étudiants qui ne côtoient l’anglais qu’à travers des professeurs généralement non anglophones ou à travers des textes sans vie (et souvent rédigés par des non anglophones) puissent briller de la même manière que s’ils avaient la possibilité de s’exprimer dans leur langue? Pourquoi demande-t-on aux étudiants d’aujourd’hui d’apprendre un deuxième métier en plus de celui qu’ils ont choisi, le métier de traducteur?

J’ai connu suffisamment d’étudiants en science pour savoir qu’avant chaque présentation qu’ils devaient faire en anglais, leur principale préoccupation était la maîtrise de la langue et pas vraiment le contenu de ce qu’ils allaient dire. Ne pensez-vous pas que cela influence la qualité des résultats finaux? Et dans quel but? La présentation de propos scientifiques, oui, mais débités dans une langue que Shakespeare ne comprendrait certainement même pas! A force, ils s’y font, mais ils n’auront pas eu la possibilité de vraiment apprendre la langue riche et complexe qu’est l’anglais ni non plus de développer des dons dans leur propre langue.

Mais pourquoi au juste la Suisse tient-elle tant à imposer l’anglais dans ses universités? La réponse est simple: prestige et attractivité pour les étrangers. Effectivement, les grandes revues scientifiques sont bientôt uniquement anglophones (les scientifiques n’ont pas résisté longtemps) et le quota d’article paru dans ces dernières est un élément clé pour grimper dans les classements universitaires. De plus, les Suissesses et les Suisses sont de plus en plus nombreux à profiter des avantages de Bologne et à s’expatrier pour la deuxième partie de leur parcours académique (comme moi). Il faut donc attirer des étudiants internationaux pour combler ce vide. Mais bien sûr, pas question de vouloir imposer le français (ou l’allemand et l’italien), il faut offrir des cours en anglais pour être attractif! Et là, je rêve! Pourquoi n’offrons-nous pas la possibilité aux étudiants étrangers de vivre ce que je vis moi ici? Une immersion totale dans une culture qui passe, entre autre, par l’apprentissage de la langue…

Fort heureusement, «L’échange va dans les deux sens. Les étrangers apprennent, au moins un peu, le français» souligne le vice-recteur de l’Université de Neuchâtel (Daniel Schulthess). Tout le monde est rassuré…

L’anglais est une langue intéressante à apprendre. Mais comme toute langue étrangère, elle ne permet pas de restituer les choses de la même manière qu’en français, et cela même lorsqu’on la maîtrise parfaitement. C’est pourquoi une langue est indissociable d’une culture et que son apprentissage est une expérience si enrichissante lors qu’il dépasse la traduction à la façon « dictionnaire ». Malheureusement, l’apprentissage de l’anglais que l’on essaie d’imposer dans les universités suisses est un processus fort différent. De plus, il menace la possibilité des étudiants de s’épanouir dans la langue locale, le français dans notre cas.

Pour finir sur une touche provocatrice, on critique souvent la tendance impérialiste de l’Amérique du Nord, véhiculée entre autre par l’anglais. Dès lors, prouvons-lui que l’Europe et le reste du monde sont forts et qu’ils n’ont pas besoin de l’anglais pour briller, prouvons-lui que différence signifie force et qu’un monde uniformisé est monotone et peu intéressant! Les Américains ont déjà tellement de peine à imaginer qu’ils ne sont pas seuls au monde, ce n’est pas les aider à s’ouvrir que d’adopter aveuglément leur langue…

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Le Patrimoine Mondial de l’UNESCO: Après Lavaux, Le Locle – La Chaux-de-Fonds?

10 septembre 2007 at 9:16 (Culture, Suisse)

Les côteaux de Lavaux se préparent à célébrer leur entrée dans le Patrimoine Mondial de l’UNESCO qui a eu lieu le 28 juin de cette année (Le Temps, le 11.07.2007). C’est l’occasion de rappeler que les villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds pourraient bien être le 8ème site suisse à rejoindre les 851 biens qui constituent actuellement la liste de l’UNESCO.

En 2004, les villes ont été présentées sur la liste indicative suisse qui comporte les sites susceptibles d’être inscrits au Patrimoine. C’est l’Office fédéral de la Culture qui est chargée de la rédiger. Nos villes ne sont bien sûr pas seules sur cette liste qui comporte, entre autres, des oeuvres urbaines et architecturales de Le Corbusier, dont la Villa Turque et la Villa Blanche à La Chaux-de-Fonds! Un seul site présenté en 2004 a déjà rejoint le Patrimoine, il s’agit justement de Lavaux.

Mais pourquoi donc les villes de nos Montagnes pourraient entrer dans cette gigantestque institution qu’est le Patrimoine Mondial de L’UNESCO à côté de géants touristiques comme les Pyramides de Guizeh et le Machu Picchu au Péru?

Et bien car contrairement à de nombreuses idées reçues, nos villes renferment un patrimoine urbanistique et culturel tout à fait incomparable pompeusement appelé « urbanisme horloger ». Effectivement, c’est l’horlogerie qui a modelé les deux villes pendant tout le XIXe siècle et une bonne partie du XXe. Les maisons, si typiques des espaces urbains des Montagnes, ont été une réponse au développement rapide de l’industrie horlogère (peu coûteuses et efficaces pour acceuillir la main-d’oeuvre). Si ces dernières ont souvent été considérées comme laides, qui peut encore le penser après les nombreuses rénovations qui ont permis de les remettre considérablement en valeur? De plus, comparez-les une minute aux affreux blocs des autres villes suisses (des cages à lapin, on pourrait dire) ou aux quartiers résidentiels de banlieues qui offrent exactement les même avantages (grande surface d’habitation et jardin) sans inclure la proximité du centre-ville qui simplifie considérablement la vie des habitants du Locle ou de La Chaux-de-Fonds. Il serait temps de cesser de croire que seules les villes médiévales sont belles et d’essayer de comprendre la singularité et la beauté de notre patrimoine, issu de l’industrie, certes, mais qui mérite d’autant plus d’attention. Nos villes sont des espaces extrêmement cohérents et c’est ce qui les rend si spéciales. Ne loupez pas la première journée du patrimoine horloger le 3 Novembre afin de découvrir les secrets de nos cités!

Concernant la suite des événements, les deux villes devraient présenter leur dossier de candidature à Paris à la fin de cette année et la décision tombera dans le courant de 2009. Si les villes sont retenues, il est à prévoir que le tourisme, plutôt inexistant actuellement (et c’est regrettable) pourrait enfin se développer en mettant en avant la richesse culturelle de la région. Si l’UNESCO reconnaît la valeur de notre patrimoine, plus personne ne se risquera à dire que La Chaux-de-Fonds ou Le Locle sont des villes moches!

Allez visiter le très bon site internet de la candidature pour plus d’infos: http://www.urbanisme-horloger.ch

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