L’amour de la voiture…

13 septembre 2007 at 1:41 (Uni)

Nous avons regardé un film ce matin en classe intitulé « Divided Highways: Building the Interstate Highways, Transforming American Life » (1997, Larry Hott et Tom Lewis) et je crois que je suis obligée d’en parler brièvement ici!

Il s’agit d’un film-documentaire sur les autoroutes américaines, et plus particulièrement sur le réseau des autouroutes « inter-états » instauré par Eisenhower dans les années 1950. Je suis ressortie de la salle de cours pleine de frissons qui ne venaient pas seulement de l’air conditionné fonctionnant à plein régime. Lorsqu’on entend des choses telles que « J’aime ma voiture, je me sens nu sans elle » ou « le réseau autoroutier interétatique est la plus grande réalisation de l’histoire humaine, bien plus importante que les Pyramides », il y a de quoi être un peu abbatu…

Les constructions routières ont été un fantasme du XXème siècle et malheureusement, le rêve est souvent devenu réalité. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Suisse (et dans tous les autres pays « développés »), le réseau autoroutier s’est mis en place durant la deuxième moitié du siècle passé et il a à jamais modifié les habitudes de vie des gens. S’il était synonyme de prospérité, de progrès et même de génie pendant les années qui suivirent la Deuxième Guerre Mondiale, il est aujourd’hui surtout générateur de nuissances en tout genre. Les autoroutes ont, certes, permis de relier les villes d’Europe ou d’Amérique du Nord entre elles, mais à quel prix?

On apprend dans le film que l’apparition de l’automobile arrive à temps dans une Amérique où le rail frustre la population car il ne permet pas de relier la destination initiale au point d’arrivée directement. La voiture incarne donc l’alternative tant attendue. Seulement, les routes américaines sont terriblement mauvaises et pour utiliser une voiture, il faut pouvoir rouler! En 1939, lors de l’expo universelle de New-York, General Motors présente « Futurama« , un paysage miniature qui montre les autoroutes du futur…les rêves des Américains s’aiguisent et ne se dissipent plus. « Malheureusement » pour eux, Futurama devint presque réalité durant la seconde moitié du siècle. La Deuxième Guerre Mondiale suit l’expo de New-York et le réseau autoroutier allemand est révélé au monde entier, spécialement à un certain Eisenhower qui en est tout emoustillé. De retour au bercaille et une fois nommé président, il décide qu’il fera mieux qu’Hitler et met en place le projet d’autoroutes interétatiques. L’argument de la défense nationale est mis en avant: en cas de guerre nucléaire, il faut que les citadins puissent fuir le plus rapidement possible (au cas où par miracle ils ne sont pas encore morts!). Il s’agissait en fait surtout d’un pretexte pour attirer des fonds. En parallèle à ces grands projets, les chemins de fer tout comme les tramways sont pour ainsi dire abandonnés au profit des routes. Un phénomène apparaît également à ce moment de l’histoire américaine: le rêve de la vie de banlieue.

La construction des Interstate Highways ne se fit pas sans sacrifices énormes. Il est effectivement compliqué de faire entrer des routes larges de 8 ou 10 voies (pour rester gentille) dans des centres ville. La solution était pourtant simple: passer par les quartiers pauvres (donc noirs). Effectivement, à ce stade de l’histoire américaine, ces derniers n’avaient guère de poids politique et ne pouvaient donc pas s’opposer à la destruction de leur maison.

L’apparition des autoroutes interétatiques rime avec la croissance de la mobilité (et donc avec le début des bouchons) ainsi qu’avec le début de la « culture-voiture » où rouler signifie liberté et où l’automobile est un objet chéri. On entend de la bouche d’Américains des phrases du genre:

« My car is me, it’s almost like I’m naked outside it »

La musique n’est pas préservée et les routes sont des thèmes presque aussi récurants que l’amour dans les chansons américaines.

Heureusement, Les Etats-Unis commencent à se réveiller et le réveil est douloureux : Le rêve de liberté incarné par l’automobile a conduit le pays vers quelque chose que j’appellerais plutôt l’enfer. Congestion, étalement urbain, développement « d’Edge Cities » (ces banlieues où l’on peut vivre sans devoir se rendre au centre-ville, toujours proches d’autoroutes), disparition des transports publics, pollution, dépendance face au pétrole (et j’en passe) sont autant de faits alarmants qui nous pousse à penser que le mode de vie des Américains n’est pas forcément idéal. Le film, dieu merci, le relève, mais à entendre les intervenants, on a du mal à se convaincre que la population en est consciente! Pourtant, à Boston par exemple, les citadins se sont révoltés contre la construction d’une ceinture autoroutière et ont fini par obtenir gain de cause. Non seulement elle ne fut pas construite, mais l’argent économisé a été investi dans les transports publics. J’en suis sûre, rien n’est totalement perdu.

Un petit bonus sorti tout droit du film:

KENNETH JACKSON, HISTORIAN: The role that the automobile in American life is perhaps never more completely captured than the Grapes of Wrath. Here was a movie designed to talk about how horrible things were. How the proletarian in the United States, the landless peasantry was without hope. But you notice that those Oakies heading for California had a vehicle. And when the communist authorities showed the movie around the Soviet Union, as an example of the distress of capitalism, what they found is was that the viewing audience was much more impressed by the fact that these people, poor as they were, they had their own car. That was much more impressive than the fact that they were poor.

Publicités

3 commentaires

  1. martinpm said,

    L’Amérique et l’automobile: un mariage durable! C’est vrai que c’est absurde. En même temps, ici au Québec, on se pose souvent la question des distances. En habitant à Montréal, vivre sans voiture, c’est possible. Mais dès qu’on en sort, et je ne parle pas des banlieue, c’est difficile. En région, la quasi-majorité des adolescents obtiennent leur permis de conduire à 16-17 ans car cela leur donne effectivement la liberté de sortir de leur bled sans être dépendants de papa et maman (et leur voiture), dans des lieux où la densité de la population est trop faible pour avoir un système de transport en commun viable et efficace. Et où le transport interurbain est pratiquement inexistant.

    Par contre, il est vrai que ces petites villes en région ont aussi leurs travers selon moi: la plupart se développent aussi sous la forme de banlieues depuis les années 50. Les nouveaux quartiers, même des villes de 30 000 habitants, sont des quartiers exclusivement résidentiels, dont les commerces les plus proches sont des grandes surfaces accessibles dans un temps raisonnable seulement par l’automobile. La plupart des jeunes aspirent enconre à avoir leur maison unifamiliale, avec leur terrain (cour arrière pour les enfants et la piscine si l’argent est disponible), ce pourqoi il n’y a pas beaucoup de développements à haute densité. Finalement, il est vrai que le réseau ferroviaire devrait être plus développé. Mais pour le moment, avec les trains que nous avons, il est beaucoup plus rapide et plus économique d’effectuer un des trajets comme Montréal-Rimouski (600 km) ou Montréal Baie-Comeau (900 km) en automobile. Et les bus ne sont pas beaucoup plus présent, surtout si on sort des grandes villes régionales. Vous pourrez faire Montréal-Rimouski en bus, mais ne pensez pas vous rendre facilement en bus dans une petite ville de la région. L’automobile est quasi-indispensable. Et on ne parle pas du transport des marchandises qui se fait en majorité par camions et non par train ou bateau (une aberration!).

    Moi-même, je n’ai pas encore mon permis de conduire à 22 ans (presque 23) et je me fais souvent dévisager pour cela. Je ne suis ni virile, ni libre!

  2. Marie Clarence said,

    Merci Martin d’être si fidèle à mon blog, tu dois bien être le seul 🙂

    En Suisse, j’habite un petit village campagnard où je peux t’assurer que la densité est autre que dans une ville. J’ai fait mon permis dès que je le pouvais (18 ans en Suisse) et ce que j’ai surtout remarqué…c’est que la voiture m’a imposé ses contraintes: pas d’alcool lors des sorties, énervements sur la route, difficultés de parcage (et la ville près de laquelle j’habite est pourtant une des dernières à ne pas avoir instauré une politique anti-voiture en Suisse) et j’en passe. Bien sûr, la voiture m’a aussi souvent été très utile!

    Je ne prône pas l’abandon de la voiture, qui dans certains cas facilite indiscutablement la vie, mais je suis pour une utilisation rationnelle de cette dernière et en Amérique du Nord, il y a encore du chemin à faire. Le manque d’alternative en est la principale cause. L’avantage en Suisse, c’est qu’un réseau de trains et de cars couvre presque l’entier du territoire, ce qui implique que sans voiture, tu peux encore vivre (presque) « normalement ». Dans mon pays, les familles sans voiture existent et ne sont pas si rares. De plus, ce choix n’est pas forcément dicté par des raisons financières.

    Ce qui est effrayant au sujet des Etats-Unis, c’est qu’ils se vantent d’avoir contruit la plus grande oeuvre humaine (leur réseau d’autoroutes), mais qu’ils ne remarquent pas qu’ils sont complétement arriérés dans le domaine des transports publics. Ici, pas de trains à grande vitesse (sauf sur la côte Est), pas de RER, quelques métros, quelques lignes ferroviaires (desservies par des trains fonctionnant au diesel!!!) et des bus circulant de manière plus que sporadique, sauf peut-être dans les plus grandes villes… Pour empirer la situation, les autoroutes, perçues presque comme des oeuvres d’art, sont affreusement laides et pas du tout intégrées au paysage: il faudrait que les USA se remettent un peu en question!

    Je ne pense pas que la question de densité excuse tout. Un train relie mon village à la ville la plus proche, je l’ai utilisé pour aller à l’école pendant 7 ans et ça n’a jamais posé de problèmes. Ce qu’il faut à l’Amérique du Nord, c’est un réseau ferroviaire digne du réseau autoroutier! Pour les problèmes intraurbain, la solution est plus floue car dans les banlieues où la densité est trop faible pour instaurer un réseau de bus performant, il faut surtout un changement de mentalités. Il faut que les Américains réapprennent à marcher et à faire du vélo et que la mode traverse toutes les couches sociales. Il faut stopper la prolifération des quartiers de villas et il faut commencer à densifier les zones les plus proches des centres-villes. Il faut surtout apprendre la multimodalités à la population et leur donner les moyens de la pratiquer afin que le règne de la voiture s’écroule. Elément positif, j’ai repéré deux-trois « park and ride » à Ann Arbor, je suis impressionnée…

    Pour l’Américain moyen, voiture = liberté et c’est certainement dû au fait que la plupart des gens n’ont jamais connu le plaisir de pouvoir se rendre au travail en train et de profiter du trajet pour dormir, se relaxer ou même travailler plutôt que de s’exciter dans les bouchons.

  3. martinpm said,

    Je suis en accord avec toi. Le fait est que nous sommes un peu pris dans un cercle vicieux et qu’il n’y a pas beaucoup de volonté politique pour se lancer dans de grands projets «révolutionnaires». L’obsession au Québec et au Canada:déficit zéro et réduction de la dette publique. Les grands projets publiques (et coûteux) font peur. Demeure le projet de tramway à Montréal et son nouveau plan de transport, le transport public gratuit pour les étudiants à Sherbrooke (eh oui!), et quelques autres petits projets…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :